Quel superbe disque! Véronique Gens a trouvé en John Axelrod le partenaire idéal pour enregistrer ce programme par lequel elle surpasse de loin son propre enregistrement des ‘Nuits d’Eté’ de 2001. La réalisation est exemplaire, que dis-je, elle est enthousiasmante, elle procure à l’auditeur un bonheur profond!
Véronique Gens a souvent montré que l’on peut chanter le répertoire français sans le rendre pathétique. Dès la première composition, la scène lyrique ‘Herminie’, très directe, très dramatique, très près du texte, elle nous contraint à suivre l’héroine du Tasse dans son profond désarroi émotionnel.
Exubérante, sincère et authentique à tout point de vue, elle fonctionne à plein régime aussi dans les ‘Nuits d’Eté’, avec des interprétations profondes et personnelles, remplaçant du coup l’ancienne référence de Régine Crespin et se positionnant comme la meilleure soprano française de notre temps. Je ne connais aucune autre cantatrice qui combinerait si heureusement fluidité vocale, palette vocale, souplesse, sensualité, introspection et émotion, le tout allié à une grande intelligence musicale et une diction parfaite qui évite tout maniérisme. Le timbre fruité et chaleureux est de toute beauté, l’aigu rayonnant, le souffle magistral, le phrasé exquis.
Elle nous fascine tout autant dans ‘Shéhérazade’ de Maurice Ravel qu’elle chante avec la même souveraineté et le même sens stylistique infaillible.
Dans cette réussite, n’oublions pas de souligner la part du chef de l’Orchestre National des Pays de la Loire. John Axelrod sculpte l’accompagnement orchestral d’une main de maître. L’ONPL sonne léger, transparent, avec une vie intérieure luxuriante – quelle richesse raffinée dans les vents! -, et Axelrod fait vraiment tout pour mettre en relief la voix. Il suit l’expression de la cantatrice comme peu de chefs savent le faire, tout en soignant le détail et en veillant à la structure globale. Il en résulte une entente d’inspiration et de respiration rarement atteinte de nos jours, où les productions, sous le diktat du temps, souffrent souvent d’une superficialité néfaste. Ici, en revanche, un travail interprétatif soigné aboutit à une expressivité hors du commun, à l’émotion pure. © 2012 Pizzicato